Les silences de Riyad de Haifaa Al Mansour (2026) – 1h39
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Haifaa Al Mansour est une réalisatrice, scénariste et productrice saoudienne née en 1974. Elle est la première femme réalisatrice en Arabie Saoudite. Née au sein d’une famille libérale, elle est éduquée comme ses frères. Elle étudiera la littérature comparée à l’Université américaine du Caire, en Egypte où elle obtiendra une licence d’art. En 2005, elle tourne avec sa sœur un documentaire « Une femme sans ombre » qui sera sélectionné au Festival d’Abu Dabi. C’est à Sydney, où elle s’est établie quelques temps, qu’elle poursuit des études de cinéma et obtient un « Master en direction cinématographique ».
En Arabie Saoudite, le cinéma est proscrit. En 2013, Elle va pourtant réaliser son premier long métrage « Wadjda » (l’histoire d’une fillette têtue qui voulait avoir un vélo). Elle tourne dans les rues de Riyad, souvent dissimulée dans un van, à partir duquel elle dirige son équipe, via un talkie-walkie. Une femme ne peut pas diriger une équipe composée d’hommes. Mais c’est un prince progressiste de la famille royale qui a co-produit le film. En 2017, elle réalise « Mary Shelley », en 2018, « Une femme de tête », en 2019, « The perfect candidate » (une femme médecin qui se présente aux élections municipales) et enfin, en 2025, « Les silences de Riyad », un thriller haletant mêlant crime et suspens dans le désert saoudien. Féministe, la réalisatrice se plait à dénoncer les conditions de vie des femmes dans son pays.
Nawal (la charismatique Mila Al Zahrani), scanne des dossiers pour les archives d’un commissariat. Elle rêve de devenir détective mais les femmes restent souvent cantonnées aux tâches administratives. Elle passe son temps libre à regarder des podcasts mêlant maquillage et faits divers sordides. Un jour, son chef, qui a remarqué son sens aigu de l’observation, l’emmène sur une scène de crime. Le corps d’une adolescente a été retrouvé, sans vie, dans le désert saoudien. Aucune disparition suspecte n’a été signalée. Qui est-elle ? Comme personne ne réclame le corps, l’affaire est rapidement classée. Nawal ne l’entend pas ainsi et elle décide de mener sa propre enquête. Elle défie ouvertement l’autorité masculine et les limites imposées à son genre.
En se renseignant sur la victime, sans l’accord de ses supérieurs, elle met en lumière des éléments qu’elle n’aurait jamais dû découvrir. Elle se retrouve dans une affaire qui semble la dépasser complètement. Elle devrait s’arrêter mais c’est mal la connaître. Nawal est divorcée et elle a perdu son bébé en bas âge. Son mari lui a déclaré qu’il voulait prendre une deuxième épouse et elle a refusé. Elle se retrouve seule et lui, il va à nouveau convoler en justes noces. Sa mère lui conseille de se remarier pour se venger. Elle lui répond qu’elle s’est déjà vengée mais nous n’en dirons pas plus.
Nawal refuse les diktats et les silences pesants d’un pays où les femmes ne sont que des « faire-valoir ». On les marie très jeunes et sans leur consentement. La victime est une lycéenne. Régulièrement, des filles de son âge disparaissent des salles de classe et personne ne s’en offusque. Elles se sont sans doute mariées. Difficile de se rebeller contre cet état de fait. Certaines, en cachette, essaient de profiter d’un semblant de liberté avant de se retrouver sous la domination d’un époux et mères à l’âge où elles devraient encore s’amuser.
Après des décennies, voire plus, où les personnages féminins ont reçu et accepté l’injonction d’être désirables, agréables et sympathiques aux yeux des hommes, on voit apparaître le phénomène du « good for her » au cinéma. Les femmes en ont assez d’être gentilles et jolies. Au fur et à mesure que leurs rêves s’effondrent, les frustrations se transforment en violences. Elles mentent, elles tuent, elles se vengent. Elles veulent se libérer et même, si elles vont trop loin, c’est tant mieux pour elles (good for her). On les comprend. Le phénomène n’est pas nouveau et c’est le film « Thelma et Louise » qui a ouvert la voie, en 1991.
Lorsque vous verrez le film, vous comprendrez. Nawal n’est pas celle que l’on croit. Le final offre un extraordinaire revirement de situation auquel on ne s’attend pas. Une femme qui sait et fait ce qu’elle veut. Une femme qui refuse de subir le système autoritaire et patriarcal de son pays. Elle réagit et tant mieux si c’est « good for her ». La réalisatrice n’a pas pour habitude de dépeindre de pauvres victimes résignées.
Encore et encore pour des femmes qui vont au bout des choses, juste pour leur plaisir, leur vengeance ou leur bien-être, juste parce que c’est bien pour elles.
V.M.
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