Les Rêveurs d'Isabelle Carré (2025)

« Les Rêveurs » est le premier long-métrage d’Isabelle Carré, adapté de son propre roman autobiographique au titre identique publié en 2018.


En 2003, elle obtient le César de la meilleure actrice pour son rôle dans « Se souvenir des belles choses », ainsi que le Molière de la meilleure comédienne à deux reprises pour « Mademoiselle Esle » (1999) et pour « L'hiver sous la table » (2004).

Artiste aux multiples talents, Isabelle Carré est une figure majeure du paysage culturel français, passant avec aisance et succès du cinéma au théâtre, à l’écriture de romans et maintenant à la réalisation. Très appréciée pour sa sensibilité et sa justesse, elle enchaîne les projets qui sont aussi porteurs de sens, notamment en mettant en avant des femmes fortes et complexes qui se battent pour leur bonheur et leur place dans le monde.


Élisabeth, comédienne reconnue, anime des ateliers d’écriture à l’hôpital Necker avec des adolescents en grande détresse psychologique. À leur contact, elle replonge dans sa propre histoire : son internement à 14 ans. Peu à peu, les souvenirs refont surface. Et avec eux, la découverte du théâtre, qui un jour l’a sauvée.


Son rôle est celui d'une "pair-aidante", une femme qui a transformé sa propre souffrance passée en une force et un outil d'aide pour les autres.


L'art comme thérapie est au cœur des ateliers d'Élisabeth. Un outil de libération, un espace où la parole des jeunes peut enfin s'exprimer sans jugement, loin des diagnostics et des injonctions au silence.


« Les Rêveurs » nous offre l'image d'une femme inspirante, résiliente et puissante par sa vulnérabilité assumée. Elle n'est pas seulement celle qui "donne", mais celle qui "partage", « transmet » et "reçoit" en se reliant à une nouvelle génération de jeunes femmes et d'adolescent·es en souffrance. Ce faisant, le film célèbre la sororité et la transmission comme des piliers essentiels de la guérison. Il met en lumière des figures féminines – l'héroïne, les jeunes patientes, l'équipe soignante – qui, chacune à sa place, luttent pour la survie psychique.


Le film aborde la santé mentale des jeunes avec beaucoup de justesse et d’acuité. Il suggère que le mal-être n'est pas seulement individuel mais aussi le reflet d'une pression sociétale écrasante : injonctions à la performance, harcèlement, stéréotypes de genre et anxiété liée à un avenir incertain. Il rend visible la fragilité psychologique, notamment des jeunes filles, une réalité souvent minimisée ou réduite à des clichés. Un cri invisible et invisibilisé.


Sans juger les équipes soignantes dévouées, le récit met cruellement en lumière les conséquences du sous-financement chronique de la pédopsychiatrie. Il évoque implicitement la situation dramatique où les délais d’attente sont interminables et le personnel est en manque criant, conduisant à un épuisement professionnel des soignant·es et à une incapacité du système à prendre en charge l'explosion des demandes.


En passant derrière la caméra pour raconter son histoire, Isabelle Carré prouve sa capacité à maîtriser son propre récit, s'inscrivant dans cette volonté de femmes inspirantes qui prennent les commandes de leur art et de leur vie. Ce qui classe ce film dans la catégorie « Encore et encore ».


C.P.