Solo Mamma de Janicke Askevold (2026) – 1h39

Charline Bourgeois-Tacquet est une réalisatrice, scénariste et actrice française née en 1986. Après 2 courts métrages, « Joujou »en 2015 et « Pauline asservie »en 2018, son premier long métrage « Les amours d’Anaïs »sera sélectionné à la « Semaine de la Critique », à Cannes, en 2021. « La vie d’une femme »est son deuxième long métrage. Le film a été présenté au « Festival de Cannes » en 2026.


Gabrielle (Léa Drucker) est une chirurgienne de 55 ans. Elle est cheffe de service dans l’hôpital parisien où elle exerce. Elle est épanouie dans son travail. Elle a un mari (Charles Berling) qu’elle aime et un amant dont elle se lasse peu à peu. Elle a choisi de ne pas avoir d’enfants. La famille traditionnelle, très peu pour elle. Elle affronte les difficultés grandissantes de l’hôpital public et l’Alzheimer de sa mère (Marie-Christine Barrault) avec détermination. Gabrielle n’est pas du genre à se laisser abattre.


Un jour, elle rencontre Frida (Mélanie Thierry), une romancière venue observer son service, pour les besoins d’un prochain roman. Frida va prendre de plus en plus de place dans la vie de la chirurgienne. Gabrielle a décidé d’être heureuse. Le film aborde la liberté d’une femme mûre, active, qui se laisse aller à son désir, sans tabou ni culpabilité. Elle s’investit dans une nouvelle vie amoureuse, avec une femme. La réalisatrice filme les corps féminins avec douceur et sensualité, bien loin de l’objectivation des femmes par le regard masculin (male gaze).

Cependant, Gabrielle n’est pas une superwoman, même si elle ne semble jamais fatiguée. Elle passe son temps à soigner (c’est son boulot) mais aussi à maintenir à bout de bras tout le monde autour d’elle (sa mère, son ami, ses patient.e.s, le service,…). Elle est en surcharge mentale permanente, comme beaucoup de femmes dont le rôle est dévolu aux soins. Bien sûr, elle évolue dans un monde bourgeois et elle ne connait pas les fins de mois difficiles. Plus facile de s’émanciper que lorsqu’on est caissière dans un supermarché ou une migrante sans ressources.


La réalisatrice a choisi de donner le rôle principal à une femme de plus de 50 ans. Selon le baromètre des actrices et acteurs de France, celles-ci n’incarnent que 9% des rôles au cinéma contre 18% pour les hommes (elles n’ont gagné que 1% en une décennie). Ce phénomène porte un nom : « le tunnel de la comédienne de 50 ans ». Moins de rôles, moins de visibilité, moins d’influence et aussi des écarts de salaires importants. Les hommes vieillissent en devenant des légendes, les femmes disparaissent progressivement.


« La vie d’une femme »est un portrait réaliste et actuel d’une cinquantenaire épanouie, active et maitresse de ses choix de vie. Charline Bourgeois-Tacquet brise le mythe de la maternité obligatoire comme unique épanouissement féminin. Elle déconstruit les injonctions de la société patriarcale. Le cinéma ne fait pas que raconter des histoires, il fabrique des normes, il influence notre vision sur ce qui est désirable, crédible et sur ce qui mérite être au centre du récit. Ce qui n’est plus représenté à l’image peut aussi finir par disparaitre de l’imaginaire collectif, ne l’oublions pas.


V.M.