La Trilogie d'Oslo : Rêves  de Dag Johan Haugerud (2025)

En février 2025, le bibliothécaire, romancier, scénariste et réalisateur norvégien de 60 ans Dag Johan Haugerud décrochait l’Ours d’or lors du festival La Berlinale pour Rêves. Ce dernier est son septième film... ou son neuvième ? Car Rêves fait partie d'une trilogie qu'il importe peu de visionner dans l'ordre. Il y a eu tout d'abord Désir (aussi  projeté au Festival de Berlin dans la sélection parallèle Panorama), et puis Amour (en compétition à la Mostra de Venise). Rêves est arrivé dans les salles belges en novembre 2025.


Ce long-métrage raconte le premier odyssée amoureux de Johanne, jeune fille de 17 ans, qui se met à éprouver des sentiments pour sa professeure de français à Oslo, en Norvège. Elle relate tous ses émois intérieurs dans un carnet qui grossit... jusqu'à atteindre les 90 pages. C'est à sa grand-mère qu'elle confie en premier ses saisissements et appréhensions. Le public, lui, les a saisi dès le début puisque la voix-off de Johanne est omniprésente. 


La vieille dame est le premier personnage féminin à exister en dehors de l'héroïne. La professeure reste un peu effacée, pour symboliser l'objet de fantasmes qu'on se construit pour embrasser le monde des adultes et de leurs tourments. Ensuite, place à la mère qui voit là une occasion de mieux connaître sa fille, même si assez inquiète pour cette histoire où elle la pense abusée par une personne majeure. 


Les personnages masculins sont totalement absents du récit (jusqu'à la toute fin, mais ils restent des détails). L'histoire de complicité entre les trois femmes de la même famille, du même sang, mais de génération différente est le vrai cœur du récit. Les sentiments couchés sur papier de la petite-fille vont être le prétexte à une introspection de leur part à toutes.


Le · la téléspectateurice se confronte à leurs doutes, leurs aspirations passées mais non réalisées, leur cheminement personnel en tant que femme, mais aussi éventuellement "femme de".


C'est doux, sensuel (dans le sens premier du terme) et poétique. C'est pourtant un homme derrière la caméra, et il a réussi son coup : celui de nous montrer des personnages féminins qu'il considère d'emblée comme singuliers, mais qui ne le savent pas encore elles-mêmes.  


L.L.