La fille du Konbini de Yûho Ishibashi (2023)

Un « konbini »est une épicerie japonaise ouverte jour et nuit, où l’on trouve un peu de tout. L’héroïne de l’histoire, Nozomi (Erika Karata) y travaille chaque jour, imperturbablement, même le soir quand il faut remplacer un.e collègue au pied levé. Elle n’est pas une étudiante comme les autres. Avant de devenir caissière, elle était commerciale dans une agence de publicité.


Le film est adapté librement du roman « Konbini »de Saryaka Murata (prix Akutagawa – équivalent du Prix Goncourt, en 2016). Le livre est paru en français sous le nom de « La fille de la superette ».


La réalisatrice japonaise, Yûho Ishibashi, dont c’est le premier film, a voulu montrer la pression sociale que son pays exerce sur les individus. Dans ce cas précis, il s’agit d’une jeune femme de 23 ans qui a tout quitté pour chercher un sens à sa vie. Nozomi a bravé les conventions sans oser le dire à ses parents. Au Japon, les attentes sociétales sont très lourdes, surtout pour les femmes : ne pas rester célibataire, avoir des enfants et ne pas exercer un travail « alimentaire », très dévalorisé.


Les jeunes japonais.e.s sont souvent pressé.e.s comme des citrons et certain.e.s n’acceptent plus un système où iels doivent travailler sans compter, parfois jusque très tard dans la nuit. Si d’aucun.e.s envisagent le suicide, d’autres quittent leur poste. C’est ce qu’a fait Nozomi.

Sa rencontre, par hasard, avec une ancienne amie d’école va la sortir de son quotidien monotone et solitaire et lui rendre peu à peu confiance en elle. Le jeu des deux actrices, tout en délicatesse, reflète bien le mode de communication au Japon.


La mise en scène, très minimaliste plonge les spectatrices dans une ambiance en adéquation avec la vie de l’héroïne, loin des clichés habituels. Un film tout en pudeur, doux et simple, qui ne veut pas en faire trop et se contente de suivre un moment de la vie d’une jeune japonaise. Un moment de remise en question.


Encore et encore pour des films auxquels on repense longtemps après les avoir vus et dont le personnage féminin n’est pas une super woman mais une fille ordinaire qui réagit pour trouver un sens à sa vie et une vie qui lui convient.


V.M.