La Fille Condor de Alvaro Olmos Torrico (2025) – 1h49
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Alvaro Olmos Torrico est un scénariste, réalisateur et producteur bolivien né en 1983 à Cochabamba. Il enseigne à l’Ecole des Sciences et des Arts en Bolivie. En 2019, il a réalisé un premier long métrage de fiction « Winay ». « Los de Abajo » (La Fille Condor) est son deuxième long métrage.
Le film débute par un accouchement dans une communauté quechua des Andes boliviennes. Dans le clair-obscur d’une habitation sommaire, on distingue la sage-femme, Ana (Maria Magdalena Sanizo) et sa fille Clara (Marisol Vallejo Montano), une doula [i]. Cette dernière jouit du don d’apaiser les douleurs des femmes enceintes par le chant. Les deux actrices n’avaient jamais joué avant le film mais elles ont fait preuve de beaucoup de professionnalisme lors des scènes émotionnellement difficiles. Et il y en a pléthore.
Les images du film sont splendides. La caméra révèle les superbes paysages andins, mais pas seulement. De Nicolas Wond Diaz, le directeur de la photographie, le réalisateur dit ceci : « Il a su saisir fidèlement l’essence même de ce que je voulais transmettre, ce clair-obscur délicat, créé par la lumière filtrant à travers les fenêtres, mettant en valeur la texture et la peau des personnages, pendant la nuit ou dans les scènes d’accouchement ».
Ana incarne la tradition. Tout le monde la respecte au sein de la communauté. Elle aide à donner la vie mais n’a pas pu avoir d’enfants. Elle est la mère adoptive de Clara. Clara est une adolescente sage et respectueuse mais c’est aussi une rêveuse. Elle aimerait découvrir de nouveaux horizons. Après une dispute avec sa mère et influencée par une amie, elle part à Cochabamba, une ville où elle pourra vivre de son chant.
Le départ de Clara a coïncidé avec la mort mystérieuse d’animaux et la sécheresse qui détruit les récoltes. Il n’en faut pas plus aux villageois.e.s pour lui attribuer ces désastres. C’est une punition ! Elle ne pouvait pas partir. On ne badine pas avec les traditions. C’est à ce moment également que la médecine moderne fait son apparition, se confrontant aux savoirs ancestraux. La pratique des sage-femmes traditionnelles est remise en question. On paie les femmes enceintes pour qu’elles accouchent à la ville, dans des hôpitaux. On sème le doute dans leur esprit. Peu à peu, tout le monde va quitter le village.
Comme partout ailleurs, la vie des femmes n’est pas simple. La scène où la communauté décide de punir une jeune fille pour s’être amusée et avoir couru avec les garçons du village, est particulièrement dure. La symbolique de la coupe de sa tresse n’est pas sans rappeler d’autres événements douloureux. Couper les cheveux d’une femme de force et sous la contrainte symbolise le déshonneur, l’humiliation publique et le bannissement. Les tresses représentent le lien physique et spirituel avec la « Terre-Mère – Pachamama ». En perdant sa tresse, la jeune femme est dépouillée de son identité indigène.
Quelle est cette importance donnée aux cheveux des femmes que l’on cache sous un voile ou que l’on rase ? Ils symbolisent la beauté, la force et la séduction. Une femme ne peut-elle être dotée de ces qualités ? Après la guerre, combien n’ont pas été tondues sous des prétextes fallacieux ou pas, juste pour les marquer, les humilier. Selon les cultures et/ou les religions, les cheveux sont cachés sous un voile ou une perruque. La femme, cette tentatrice, doit perdre ses atouts.
Un film qui parle de transmission de savoirs matriarcaux, de conflit entre l’émancipation des femmes et les injonctions patriarcales. Un film qui suit une jeune doula quechua dont le destin était tout tracé et qui a choisi une autre voie, au risque d’être bannie de sa communauté et d’être rendue responsable de tous les maux. Le condor est un animal sacré, protecteur et lié aux esprits des montagnes. La voix de Clara est un don qui s’inscrit dans la mythologie locale. Elle est la fille condor. Encore et encore pour un film qui rend « femmage » aux femmes des Andes.
V.M.
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