La condition de Jérôme Bonnell (2025)

Jérôme Bonnell est un scénariste et réalisateur français né en 1977. Il s’exerce au cinéma mais aussi à la télévision. On retiendra « Le chignon d’Olga », primé au Festival international du film de Chicago et « Les yeux clairs », lauréat du prix « Jean Vigo ». Il a également remporté le prix de la meilleure réalisation au Festival de la fiction TV de la Rochelle pour son téléfilm « A la joie ».
Le film se déroule en 1908, André (Swann Ariaud), un notaire de province vit avec sa mère, paralysée et muette suite à un AVC (Emmanuelle Devos), et son épouse Victoire (Louise Chevillotte). Nous sommes dans la grande bourgeoisie du début du XXème siècle. Les carcans moraux et les principes sociaux sont légion. Les femmes ont un rôle tout assigné : servir les hommes quelle que soit leur condition. Le petit notaire règne en maître sur toutes celles-ci, bonniches comprises.
Mariage arrangé oblige, Victoire rechigne à avoir de l’intimité avec son mari. Elle subit un homme qu’elle n’aime guère. Elle a été élevée selon les bon principes de sa tante « Une fille ne doit pas lire, elle doit rester naïve » ou encore « Si ton mari te brutalise, c’est qu’il t’aime ». Avec de telles idées en tête, difficile de s’épanouir. Le plaisir des femmes n’a aucune importance, personne ne s’en soucie, surtout pas les hommes. N’oublions pas qu’à l’heure actuelle, dans de nombreux pays, l’excision et/ou l’infibulation existent toujours. La jouissance des femmes ne doit pas exister, trop dangereux !
Mais le « maître de maison » a des besoins. Le pauvre, sa main ne lui suffit plus et c’est donc tout naturellement qu’il les assouvit sur la bonne, Céleste (Galatéa Bellugi). Nuit après nuit, il la rejoint, en bon propriétaire. Céleste n’a pas le droit de refuser sinon elle perdrait sa place : elle serre les dents et se laisse faire. Elle n’a jamais connu d’homme si ce n’est un de ses frères qui la violait quand elle était jeune. L’épouse est momentanément soulagée mais la pauvre soubrette va tomber enceinte.
Que faire ? Victoire fait d’abord appel à une avorteuse, après tout c’est une histoire de femmes. Il ne faut pas ennuyer le petit maître avec ça.
Mais la grossesse est trop avancée. Le charmant individu dit qu’il faut chasser la « fautive ». La belle-mère pense la même chose : cette petite dévergondée pourrait encore séduire son cher fils. Victoire envisage le divorce mais son mari lui fait comprendre qu’elle ne pourrait survivre à une telle honte. La honte n’a pas encore changé de camps ; les victimes sont toujours les coupables.
C’est alors que Victoire a une idée. Elle va se faire passer pour la mère du bébé. Plus besoin de subir les assauts du mâle en rut pour assurer la descendance et Céleste pourra continuer à voir sa progéniture. Personne ne saura que le notaire a engrossé la bonne. Ajoutons que c’était pratique courante et que plus d’une servante a été stérilisée sans son consentement pour éviter ce genre de désagrément.
Le pacte est scellé. André ne rejoindra plus le lit de sa femme et c’est Céleste qui viendra la nuit pour allaiter son fils. Les deux femmes que tout sépare vont se rapprocher et s’allier. Elles vont même devenir très proches. Les hommes les ont tellement maltraitées.
Le film est de facture classique, les décors, les costumes, les lumières sont en harmonie. Il s’agit pourtant d’une ode au féminisme où les femmes vont résister et s’émanciper sous nos yeux. Elles vont prendre conscience de leur force et fuir la soumission et la possession patriarcale. « Encore et encore » pour de telles héroïnes.
V.M.
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