L’objet du délit d’Agnès Jaoui (2026) – 2h13

Agnès Jaoui n’est plus à présenter. Née en 1964, elle est à la fois réalisatrice, scénariste et actrice de théâtre et de cinéma. Elle est également chanteuse (Victoire de la musique pour son album « Canta » en 2007). Avec son comparse Jean-Pierre Bacri, elle a co-signé de nombreuses pièces et films. Elle est la femme la plus césarisée du cinéma français. Elle est également connue pour son militantisme en faveur de l’égalité et la parité dans le cinéma français.


Dans « L’objet du délit », elle va à nouveau disséquer les relations humaines avec humour. Le film oscille constamment entre dénonciation et dérision pour le plus grand désarroi des spectateurices. Le sujet est actuel et les positions de chacun.e.s ne sont pas si éloignées des commentaires sur les réseaux sociaux. Les personnages sont tranchés et quelque peu stéréotypés, le tout avec un humour grinçant propre à la réalisatrice. « L’objet du délit »a été présenté au Festival de Cannes, hors compétition.


Agnes Jaoui aime l’opéra et elle a une grande expérience en tant qu’actrice et réalisatrice dans un monde artistique, toujours dominé par les hommes. Son nouveau film a pour toile de fond la préparation d’un opéra et les réactions multiples face à une agression sexuelle durant les répétitions. Metoo sur fond de vocalises.


Mirabelle (Claire Chust) a été choisie comme metteuse en scène de la nouvelle production de « Les noces de Figaro ». Elle est influenceuse, un peu mannequin mais surtout, elle a beaucoup de followers. Elle devrait attirer un nouveau public. Mirabelle ne connait rien à l’art lyrique et se fait dominer par le chef d’orchestre, Igor (Daniel Auteuil). Ce dernier n’est pourtant pas très à l’aise car une de ses anciennes conquêtes a promis de dévoiler en public la liste des hommes qui ont abusé d’elle durant sa carrière. Fera-t-il partie de cette liste ?


L’investisseur principal du spectacle a imposé sa fille Sophie (Tiphaine Daviot) pour le rôle principal. La pauvre n’est pas très sûre d’elle. Elle ne se sent pas plus légitime que la metteuse en scène. Ajoutons à cela, l’assistante à la mise en scène, qui est pleine de bonne volonté mais dont c’est le premier poste. Lorsque Cora (Eye Haïdara) est auditionnée pour le rôle de Chérubin, elle est persuadée que c’est pour respecter un quota. Elle est noire et ne correspond pas très bien au rôle. Tout ce petit monde féminin est quelque peu fragilisé devant les pontes masculins de l’opéra.


Enfin, les grandes voix du spectacle arrivent. Hanna, la célèbre cantatrice campée par Agnes Jaoui, amie du chef d’orchestre et le ténor très sûr de lui (Vincento Amato).


Les coqs vont prendre les rênes. Ils s’imposent dans la mise en scène, faisant fi des remarques de Mirabelle et des autres femmes, qu’ils n’entendent pas. Comme elles souffrent toutes du syndrome de l’impostrice, elles s’excusent sans cesse. Les mâles ne cessent de leur couper la parole. Ce sont des hommes, ils savent…


Lors d’un duo entre le comte Almaviva et Suzanne, le ténor a les mains baladeuses, il « chipote » plus que de nécessaire la jeune chanteuse. Elle le vit mal et en fait part aux femmes de la production. Il n’en faut pas plus pour que le chanteur soit mis sur la touche pour harcèlement sexuel. Il ne comprend pas, avant, on pouvait ! Les femmes n’acceptent plus, la tension monte et on cherche son remplaçant.

Dans la troupe, tout le monde donne son avis selon son genre, son âge. Les conflits d’opinion éclatent et on passe du vaudeville au drame. Agnes Jaoui se fait l’avocate du diable et se donne le mauvais rôle, celui de la cantatrice chevronnée qui se désolidarise des autres femmes, les dévalorisant au passage et prônant le droit d’importuner.


Un film jubilatoire et complètement actuel qui prend position sans en avoir l’air. Les femmes n’acceptent plus ce qu’elles étaient obligées d’accepter avant. Les pauvres mâles détrônés ne comprennent pas qu’ils n’ont plus tous les droits. Petit bémol, pourquoi Agnes Jaoui a-t-elle choisi un type d’agression qui fait penser que les femmes exagèrent. Il y avait d’autres choix pour être plus crédible.


« Encore et encore » pour un film qui dénonce intelligemment et sur le ton de l’humour mais qui aurait eu tout à gagner en s’ancrant davantage dans la réalité et la gravité des violences sexuelles.


V.M.