Hamnet (Hamlet) de Chloé Zhao (2025)

Hamnet ou Hamlet, c’est le prénom du fils de William Shakespeare. Après la mort de celui-ci, à l’âge de 11 ans, le célèbre dramaturge écrira son œuvre du même nom.


La réalisatrice Chloé Zhao, née en 1982, est d’origine chinoise. Elle est connue grâce à la réalisation du film américain « Nomadland » en 2020. Le film a reçu de nombreux prix dont le « Lion d’or » à la Mostra de Venise et le « Prix du Public » au Festival international du Film de Toronto. Elle est l’une des trois seules femmes à avoir jamais remporté « l’Oscar de la meilleure réalisation ». « Hamnet » vient de recevoir le prix du «Meilleur film» aux 83e Golden Globes Awards (édition 2026).


Dans « Hamnet », on ne nomme pas Shakespeare et on parle très peu de théâtre. On n’assiste pas à des répétitions ni aux affres de la création. Le film se focalise sur la vie privée de l’auteur, sur sa femme et ses enfants. Ceux-ci vivent dans la campagne pendant qu’il part à la ville pour travailler. Le film est inspiré du roman de Maggie O’Farrell qui a cosigné le scénario.


« Hamnet » est un mélodrame mystique qui reprend tous les ingrédients actuels qui conduisent au succès. Le personnage le plus emblématique est celui d’Agnes Hathaway, la femme du dramaturge, interprété par Jessie Buckley. Elle vient de recevoir le prix de « la Meilleure Actrice » au Golden Globes, pour ce rôle.


William (Paul Mescal) est un jeune homme qui travaille avec son père dans la ganterie familiale. Pour compenser les nombreuses dépenses de ce dernier, il donne également des cours particuliers aux enfants d’une famille bourgeoise. C’est là qu’il rencontrera la fille ainée, une sauvageonne qui connaît les plantes et la nature. Sa mère est morte, elle était un peu sorcière au bon sens du terme. Agnes a hérité de ses pouvoirs.


Les jeunes gens se marient mais, très vite, William, un peu immature, rêve d’ailleurs. Il part travailler à Londres et revient de temps en temps pour voir sa famille et faire des enfants. Agnès le soutient, elle croit en lui et elle gère toute la maisonnée. Elle accouche tout d’abord d’une fille et puis, de jumeaux : un robuste garçon et une petite fille chétive et moribonde.


Quand la peste bubonique fait son apparition, William n’est pas là. La petite fille contracte la maladie et sa mère met tout son savoir en œuvre pour la sauver. A nouveau, elle va vivre mais son frère, le jeune Hamnet, va mourir. Sa sœur était contagieuse, on ne connaissait pas encore les secrets de la contamination. C’est le drame, LE fils est mort !


Un film qui parle du deuil et de l’amour pour expliquer l’origine d’une des plus grandes tragédies théâtrales. Les deux parents vont réagir de manières tout à fait différentes. William va se réfugier dans l’écriture pendant qu’Agnès va souffrir de tout son être. La prestation toute en retenue de Paul Mescal contraste avec celle de Jessie Buckley qui rayonne et exprime ses sentiments avec force et douleur.

L’image, la musique, les costumes, tout est parfait. La symbiose entre Agnès et la nature est omniprésente. C’est là qu’elle se réfugie, c’est là qu’elle accouche, c’est là qu’elle se ressource. La première image du film est superbe, on découvre la jeune femme en position fœtale, en robe rouge, sous un arbre gigantesque. La réalisatrice a réussi à créer un décor luxuriant, une forêt inquiétante mais protectrice.

Un film sensible, d’une grande poésie qui met en avant la femme d’un auteur très connu. Sans elle, sa force, son soutien et sa détermination, il ne serait jamais devenu Shakespeare. Elle n’était pas pour autant une femme de l’ombre. Elle était brillante dans son domaine et avait une forte personnalité. La phrase misogyne « Derrière chaque homme célèbre, il y a une femme » n’a pas sa place. Agnes ne s’est jamais tenue derrière son mari.


Encore et encore des films pour mettre en lumière les femmes oubliées d’une histoire écrite par les hommes.


V.M.