Elle entend pas la moto de Dominique Fishbach (2025)

Dominique Fishbach est une réalisatrice et scénariste française qui a grandi au Maroc. Elle a écrit et réalisé une trentaine de films en cinéma direct, documentaires de création pour France Télévisions, Arte et la RTBF dans la célèbre collection Strip-Tease.


Elle explore de grands thèmes de société tels que la multiculturalité, l’émancipation des femmes ou l’engagement. Parmi ses films les plus remarqués, « Liberté Lili », qui raconte le combat acharné d’une femme antillaise pour valoriser son territoire, ou encore « Babel sur scène »où des lycéens revisitent une tragédie grecque pour interroger la migration, la place des femmes et la démocratie.


« Elle entend pas la moto »est un documentaire entre archives familiales et images filmées par la réalisatrice depuis 25 ans. « À la veille d’une célébration familiale, Manon, jeune femme sourde et lumineuse, rejoint ses parents en Haute-Savoie. Ceux-ci lui montrent des vidéos prises lorsqu’elle était enfant. Ces vidéos donnent lieu à des échanges et des discussions sur le passé de la famille alors qu’ils se réunissent pour rendre hommage au frère de Manon, Maxime, décédé quelques années auparavant. Porté par la force intérieure de Manon, le film trace un chemin d’épreuve et de résilience ».


On y découvre une petite fille (Manon) pleine de vitalité, de rêves, douée et passionnée de gymnastique olympique qu’elle devra à regret arrêter suite à la pose de son implant. Les parents de Manon ont en effet fait le choix de privilégier l’oralisme au détriment de la langue des signes dans un souci de faciliter l’intégration de Manon dans le monde des entendant.e.s. Toutefois on comprend comment cette injonction à la normalité a pu constituer une charge mentale colossale pour la jeune femme. A l’école, cette lecture labiale demandait à Manon une concentration de tous les instants.


Dans une conversation avec son amie d’enfance, on décèle les difficultés que toutes deux, devenues femmes, ont rencontrées au quotidien. Leur échange laisse deviner les épreuves, l’ampleur des défis auxquels elles ont été confrontées, notamment dans leur parcours scolaire : les discriminations subies à cause de leur handicap, ou plus positivement l’arrivée des premiers films sous-titrés ainsi que les nouvelles technologies qui ont considérablement amélioré leur vie et l’accès à l’information.


Le récit évoque également le cadre familial particulièrement soutenant et une mère stoïque, et « pilier » mais aussi le terrible deuil du frère disparu (Maxime). Ce dernier n’avait pas le même tempérament que Manon, ni sa force. Bien que la cause de sa mort ne soit pas clairement révélée, nous pouvons déduire, des images et des discours de son entourage, une extrême souffrance chez le jeune garçon. De cette tragédie, il en ressort une responsabilité sociétale et la nécessité d’avoir un accompagnement adapté dont il a cruellement manqué (notamment pendant la pandémie).


Nous retenons avant tout l’illustration du parcours de la combattante et le caractère battant de Manon, qui a fait preuve d’une volonté, d’une persévérance et d’une résilience incroyables pour s’intégrer, devenir totalement autonome, être indépendante financièrement, exercer un vrai métier (elle est kinésithérapeute) et être mère de famille.


Le sujet est traité avec beaucoup de justesse grâce à une mise en scène permettant une immersion totale aux côtés de Manon et de sa famille. Il est aussi une leçon pour apprendre à entendre l'autre. Manon a tout d’une femme inspirante et place ce film dans la catégorie « Encore et encore ».


C.P.