Teresa (Mother) de Teona Strugar Mitevska (2025)

Teona Strugar Mitevska est une réalisatrice et scénariste macédonienne née en 1974. Elle a débuté par une carrière d’actrice à la télévision macédonienne et au théâtre. En 1998, elle s’installe à New-York pour étudier le cinéma. Elle est engagée et se définit « Femartivist ». Elle mêle au féminisme, ses engagements et une dimension artistique. Elle revendique davantage d’égalité dans la création cinématographique.


En 2019, elle a reçu le « Prix du jury œcuménique de la Berlinale » pour son film « Dieu existe, son nom est Petrunya ». Ce film dénonçait la mentalité patriarcale encore présente en Macédoine du Nord.


« Teresa » a été présenté en avant-première à la Mostra de Venise en 2025.


Celles et ceux qui attendaient un gentil biopic sur Mère Teresa, la petite sœur des pauvres, vieille dame ridée et presque canonisée, vont en avoir pour leur frais. On en est bien loin de l’image d’Epinal véhiculée par l’église.


Le film se focalise sur les 7 journées qui ont précédé le départ Mère Teresa de Calcutta pour fonder un nouvel ordre « Les Missionnaires de la Charité ». Nous sommes en 1948 et Teresa est encore mère supérieure dans un couvent. Elle vient de recevoir l’autorisation du Vatican pour créer sa propre fondation. Elle doit choisir sa successeuse et dans un premier temps, elle désigne Sœur Agnieszka (Sylvia Hoeks). Mais cette dernière est enceinte et lui demande de l’aider à avorter. Pendant 7 jours, la religieuse va plonger dans un tourbillon de doutes.


Teresa (Naomi Rapace) se retrouve tiraillée entre ses convictions religieuses et les révélations qu’elle vient d’apprendre. L’actrice suédoise dit avoir été attirée par le film à cause du portrait décalé de Mère Teresa qu’elle qualifie de « punk rock ». Pour le rôle, elle a abandonné les piercings et tatouages de Lisbeth Salandeur (Millenium, 2009) mais en a gardé son côté excessif et intense.


Du sang, des plaies purulentes et des serviettes sanguinolentes déferlent sur l’écran. Les images, tantôt en gros plan, tantôt vues de haut, donnent le vertige. Le cinéma d’horreur n’est pas loin ! Sans compter avec la bande-son « hard » qui rythme le tout. « Teresa » est un opéra rock !


Pas besoin pour Naomi Rapace de ressembler physiquement à la religieuse. On évite les maquillages grotesques vus dans bon nombre de biopics dernièrement sans pour autant perdre en crédibilité.


La réalisatrice met en miroir les discours sur l’avortement dans un couvent de Calcutta au début du XXème siècle avec ceux d’aujourd’hui. Elle démontre que le point de vue de l’église n’a pas évolué.


Mère Térésa n’est pas une sainte ! Teona Stugar Mitevska lui rend figure humaine en montrant une femme engagée et ambitieuse mais aussi très lucide et en proie au doute. L’altruisme poussé à son paroxysme n’est-il pas une forme d’égoïsme ?


« Encore et encore » pour des portraits de femmes aussi hauts en couleurs.


V.M.