Put Your Soul on Your Hand and Walk (Mets ton âme sur ta main et marche) de Sepideh Farsi (2025)


S’il est des films indispensables, celui-ci en est un ! Pendant plus d’un an, la réalisatrice iranienne, née en 1965, a entretenu un dialogue à distance avec une jeune palestinienne résidant dans la bande de Gaza.


Militante engagée, Sepideh Farsi a connu la révolution à 13 ans et a fait de la prison à 16 ans, avant de fuir son pays à 18 ans. Elle ne peut plus rentrer en Iran.


Dès son plus jeune âge, elle photographiait les manifestations. Ensuite, elle a réalisé des vidéos d’art, des documentaires et enfin, des longs métrages. Ses films ont été sélectionnés à Locarno, Rotterdam et Toronto et primés dans de nombreux festivals. « La sirène », un long métrage d’animation est un manifeste anti-guerre. Il a fait l’ouverture de la section « Panorama » à la Berlinale en 2023.
Elle dit : « Pour moi, l’art et l’engagement se chevauchent ».


Put your soul on your hand and walk” est un documentaire. Il a fait partie de la sélection de « l’ACID » au dernier festival de Cannes (2025). Le fond prime sur la forme. Les photos prises par Fatem alternent avec les dialogues « visio » des deux femmes.


Le film nous fait penser au « Journal d’Anne Frank » à l’heure d’aujourd’hui. On va suivre Fatem (Fatima Hassouna), une jeune photojournaliste de 23 ans qui informe sur sa vie dans le nord de Gaza, sous les bombardements. Elle va prêter ses yeux et sa voix pour documenter la guerre au fil des jours.


On est loin des journaux télévisés, anonymes, qui se contentent d’énumérer les lieux assiégés et compter les victimes. On est loin aussi des images larmoyantes montrant les ruines et les victimes d’un peuple résigné et proche de l’anéantissement.


Durant cette année de correspondance, Fatem gardera toujours le sourire même si au fil du temps, sa sérénité s’ébranle. Dans les dernières conversations, elle dira qu’elle se sent dépressive, qu’elle n’arrive plus à se connecter à la réalité ni à se concentrer.


Musulmane, elle a foi en son dieu et prend tout ce qui arrive à son peuple comme une épreuve d’où iels sortiront grandi.e.s. Elle accepte la mort de ses proches car elle a la foi. Sans pourtant être d’accord avec elle, Sepideh Farsi l’écoute s’exprimer.


Durant tout ce temps, Fatem va se déplacer, les lieux sûrs ne le restent pas très longtemps. Elle va continuer à prendre des clichés de sites de plus en plus dévastés, elle va perdre ami.e.s et parent.e.s, elle va rester enfermée dans des endroits restreints mais elle va garder ce lien (pas toujours facile à cause des mauvaises connexions) avec Sepideh, devenue son amie.


Un jour, le 18 avril 2025, les appels vidéo vont cesser. A 25 ans, Fatem a été tuée avec dix membres de sa famille, dans un ultime bombardement. Sa dernière publication sur instagram montrait un coucher de soleil. Elle avait écrit « C’est le premier coucher de soleil depuis longtemps ».


Cette fenêtre ouverte sur la vie à Gaza s’est refermée. La réalisatrice dira : « Sa résilience, son humilité et sa fierté ont été de véritables leçons pour moi ».


« Encore et encore » pour ces femmes qui ne plient pas et combattent l’inacceptable dans la dignité et selon leurs moyens.


V.M.