Perla d'Alexandra Makarova (2025)


Alexandra Makarova est une réalisatrice et scénariste slovaque-autrichienne née en 1985 en Tchécoslovaquie. Son premier long métrage « Break My Heart » (2018) a remporté le prix « Romy de la meilleure production » en 2019. « Perla », présenté en avant-première au Festival du Film International de Rotterdam, est dédié à sa grand-mère.


La réalisatrice est née dans une famille d’artistes qui ont fui la Russie après la révolution d’Octobre. Elle dit avoir toujours entendu parler de camps de concentration, de faim et d’absence de figures paternelles. Elle a essentiellement vécu à Vienne, avec sa mère, où elle a étudié l’écriture et la réalisation à l’Ecole supérieure de Cinéma.


Le film « Perla » se passe au début des années 80. Perla (Rebeka Polakova) est une peintre qui vit à Vienne avec sa fille Julia (Carmen Diego). En 1968, elle a fui la Tchécoslovaquie communiste, après le printemps de Prague, et épousé Joseph (Simon Schwartz), un bon vivant globe-trotteur qui l’épaule sans conditions.

Elle est mère célibataire, exilée, après avoir subi un énorme traumatisme (viols par des militaires durant sa grossesse). Les scènes dures du film ne sont jamais visibles, ce qui leur donne encore plus de force. C’est aussi une femme gaie qui aime rire et s’amuser et qui veut s’affirmer en tant qu’artiste peintre.


Cependant, Perla reste coincée entre 2 vies. Celle du passé, en plein conflit politique de l’ère soviétique, avec son amoureux photographe (qui sera emprisonné) et celle du présent, en Autriche, où elle est une peintre promise à un riche avenir. L’Autriche prospère et rutilante fait contraste avec la Tchécoslovaquie austère et glaciale. Comment oublier un passé qui a laissé des traces indélébiles. Passé et présent vont se retrouver étroitement liés.


Andrej (Noël Czuczor), le père de sa fille est libéré de prison. Un simple coup de fil et elle décide de retourner dans sa Slovaquie natale, au risque de perdre tout ce qu’elle a construit.


Le ton du film va alors changer, les tensions vont apparaître. Une atmosphère sombre plonge les spectateurices dans une ambiance pesante et inquiétante. Quelles sont les intentions de ce père ? Et celles des autorités ? Le pays est resté immobile. Les traditions demeurent inchangées (celles du village relatives aux rapports hommes/femmes donnent froid dans le dos).


Pour réaliser « Perla », Alexandra Makarova s’est principalement inspirée des femmes de sa famille. Celles-ci étaient toujours seules pour élever leurs enfants, tout en essayant de se construire un avenir heureux. Sa mère, Sasa Makarova, était peintre également.


Le rapport à la maternité est un des points importants du film. Perla est davantage une sœur qu’une mère pour sa fille Julia. Elles s’amusent beaucoup ensemble. Elle aime sa fille mais pas au point de tout sacrifier pour elle. Elle refuse de prendre un deuxième job pour payer les leçons de piano de la fillette, pourtant très douée. Elle doit garder du temps pour son art et ses propres ambitions. Elle n’hésite pas à la laisser rentrer seule à Vienne pour rester en Slovaquie. Mais pourquoi une mère devrait-elle toujours tout sacrifier pour sa progéniture ? Le mythe de pélican a assez duré !


Je dis « encore et encore » pour cette femme forte qui veut reconstruire sa vie et ressurgir des méandres d’un passé qui la hante.


V.M.