Mama d’Or Sinai (2025)

Cinéaste israélienne née en 1985, Or Sinai s’est fait connaître en remportant le Premier prix de la Ciné Fondation à Cannes en 2016, avec son court métrage osé et féminin « Anna ».
Anna raconte la quête d’affection d’une femme seule, libérée pour un jour de ses obligations maternelles. Anna décide de draguer ouvertement les hommes qu’elle trouve à son goût.
Raconter les femmes sans présupposer que leur comportement sont ceux d’un homme est le fer de lance de cette jeune réalisatrice.
« Mama »,son premier long métrage, a été présenté en séance spéciale du Festival de Cannes en 2025.
Tant pour « Anna »que pour « Mama », la réalisatrice réussit à recruter, pour le rôle principal, Evgenia Dodina, actrice prodige biélorusse-israélienne, polyglotte et très renommée en Israël.
Dans « Mama »,elle interprète Mila, épouse et mère issue d’un milieu modeste. Elle a passé des années à travailler chez les riches, loin de chez elle, pour subvenir aux besoins de sa famille. Mila loge au sous-sol de la propriété d’un couple bourgeois pour qui elle est bonne à tout faire. Elle fait partie intégrante de cette famille et des meubles, elle s’est construite une vie, elle a un amant.
Après une chute, elle rentre se soigner auprès de sa famille, dans son village natal, au cœur de la Pologne. Cette longue absence n’est pas sans conséquence. L’espoir d’un retour aux sources se transforme vite en désillusion. La vie s’est déroulée sans elle, elle est comme une étrangère au milieu des siens. Et les siens ne la connaissent plus non plus. Elle n’a plus de sentiment d’appartenance, ni ici, ni ailleurs. En plus, les sacrifices qu’elle a fait pour offrir à sa fille une vie meilleure que la sienne n’ont pas le résultat escompté. Mila devra assumer ses choix et accepter la femme qu’elle est devenue.
Le film devait initialement se tourner en Ukraine mais la guerre a commencé et le coproducteur est parti à l’armée. C’est finalement en Pologne que le tournage aura lieu, ce qui a renforcé l’histoire, notamment autour de la question de l’avortement.
Selon la réalisatrice, les femmes en exil sont souvent vues comme des travailleuses pauvres et sacrifiées mais la réalité est plus complexe. Mila est une femme, une mère, une épouse, une amante, une exilée aux prises avec tous ses instincts. Son personnage montre l’immigration féminine sous un angle nouveau. En outre, le récit aborde différentes thématiques, notamment la lutte des classes, les relations conflictuelles mère-fille, l’avortement, la quête vers l’émancipation.
Un film à la voix féminine forte, à classer dans la catégorie « Encore et encore » car Mila lutte pour sortir des carcans du patriarcat avec, certes, des moyens parfois contestables, mais avec la ferme intention et la volonté farouche d’ouvrir la voie de l’indépendance et de l’autonomie. Y arrivera-t-elle ?
C.P.
« Aujourd’hui encore, beaucoup de femmes en Israël, en Ukraine et en Europe s’exilent pour travailler et subvenir aux besoins de leur famille. » (Or Sinai).
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