Loveable de Lilja Ingolfsdottir (2024)

C’est le premier long métrage de la réalisatrice et il a été présenté, en première mondiale, au 58e Festival international du film de Karlovy Vary, en juillet 2024. Le film a reçu le « Prix spécial du jury « et quatre autres récompenses. Lors des « Amanda Awards 2025 », le film a été en tête avec neuf nominations.
Tout avait bien commencé dans la relation amoureuse entre Maria (Helga Guren) et Sigmund (Oddgeir Thune). Elle l’épouse en secondes noces. Elle a déjà 2 enfants et bientôt 2 autres de cette nouvelle union. Sept années plus tard, Maria jongle entre une vie domestique de femme au foyer et l’éducation des 4 enfants tandis que Sigmund s’absente de plus en plus pour son travail. Les tensions montent. La relation s’abîme. Sigmund demande le divorce.
Le quotidien de Maria est effectivement devenu infernal. Ses journées sont rythmées par les corvées, les courses, la cuisine, les enfants infernaux, … Elle y sacrifie sa carrière professionnelle, son talent et sa liberté financière.
Elle a une charge mentale énorme, la répartition des tâches domestiques et l'éducation des enfants ne sont clairement pas équilibrées au sein du couple.
Elle est dépassée, se sent légitimement abandonnée quand son mari s’absente la laissant seule à son triste sort. Par ailleurs, elle peine à rester disponible et enthousiaste au lit alors qu'elle est crevée mentalement et physiquement. Pas surprenant que Maria devienne de plus en plus irritable et colérique, ce qui génère inévitablement des tensions et des conflits. Et ça peut se comprendre ! Bon nombre de spectatrices, femme, épouse, fille ou mère doivent s’identifier à ces scènes tant elles sont criantes de justesse et de réalisme. Encore aujourd’hui.
Quant à Sigmund, son mari, il ne trouve pas sa place car tout ce qu'il fait ne semble jamais assez bien pour Maria, qui, excédée, est sans cesse dans les reproches, l’agressivité et provoque les disputes. Plus rien n’est constructif. Les incompréhensions se multiplient. Cercle vicieux. Il finit par ne plus supporter son comportement et préfère la séparation. Et c’est aussi compréhensible. Les deux protagonistes sont en souffrance.
Avec l’énergie du désespoir et le cœur en miettes, Maria, triste à en crever, car au fond elle aime toujours son conjoint, prend pourtant l’initiative de consulter une psychologue pour tenter de réparer le couple. Sigmund, lui, reste fermé et ne coopère pas. Commence alors pour elle un vrai travail d’introspection, un parcours qui l’amène à chercher les failles dans sa propre éducation, d’où viennent sa rage, sa colère, ses peurs, sa blessure d’abandon, son manque d’estime d’elle-même. Elle finit par reconnaitre sa part de responsabilité dans la rupture.
Le dénouement semble toutefois excessif car non seulement elle s’excuse auprès de son mari mais le remercie pour la leçon apprise alors que lui l’a quand-même larguée sans rien faire pour tenter de réparer les morceaux.
« Loveable » incite à remettre en cause ses certitudes et son propre comportement. Malgré les inégalités de genre de la sphère privée qui sautent aux yeux, Maria reste néanmoins un beau portrait de femme dans ce qu’elle a de force, de résilience et dans sa faculté à réaliser que son bonheur ne dépend que d’elle-même.
Une belle quête d’identité. Et un appel à s’aimer et prendre soin de soi.
Je dis « Encore et encore ».
C.P.
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