Les Filles Désir de Prïncia Car (2025)


Fondatrice d’une école de cinéma alternative à Marseille, en 2018, dans les quartiers nord, la réalisatrice Prïncia Car a pour but d’intégrer l’art et le cinéma dans le quotidien des jeunes exclus.e.s de la culture. Avec sa troupe, elle a déjà réalisé des courts métrages et des clips musicaux dont certains ont été primés. Ce premier film, co-écrit avec de jeunes acteurices non professionnel.le.s a été présenté à la « Quinzaines des cinéastes » à Cannes, en 2025.


Le film se déroule bien évidemment à Marseille et suit Omar (Housam Mohamed) et sa bande de moniteurs de centre aéré. Omar est le chef ! C’est lui qui décide de ce que l’on fait, de ce que l’on pense et de comment on se comporte. Il est en couple avec Yasmine (Leïa Haïchour), une fille carrée et sérieuse (comme il la décrit). Elle ne sort pas, garde les petites sœurs d’Omar et tient compagnie à sa mère. Elle rêve de se marier et il la respecte, pas de relations sexuelles avant le mariage (ses envies à elle ne comptent pas). Pile dans le schéma de la maman et la putain. Il faut être l’une ou l’autre.


En effet, dans la bande, on classe les filles en 2 catégories : celles qu’on baise et celles qu’on épouse. Joe Dassin disait déjà la même chose voici bien des années, mais plus pudiquement. « Il y a les filles dont on rêve et celles avec qui on dort » (La fleur aux dents (1970).
55 ans plus tard, il est toujours « normal » d’aller voir les « putes » pour leur faire tout ce qu’on a envie, normal puisqu’on paie. Normal aussi d’offrir une « pute » au petit frère pour son anniversaire…


Et puis, c’est le retour de Carmen (Lou Anna Hamon), l’ancienne amie d’enfance d’Omar. Elle a été prostituée durant sept ans, avant de rentrer à Marseille.


Le film aborde beaucoup de sujets et notamment la culture de la masculinité primaire ou comment beaucoup de jeunes mâles se construisent encore aujourd’hui. L’homme est celui qui domine avec sa force et son besoin de posséder. Il doit être respecté. Les filles ne sont que des personnages secondaires dans leur petit monde. Le rapport aux femmes et à la sexualité n’est pas très évolué.


Yasmine, la femme du chef, va d’abord voir en Carmen une rivale potentielle. Toujours les vieux schémas patriarcaux où les femmes ne peuvent être que des ennemies.


Mais la donne va changer, le système de valeur des ces petits mâles va être bousculé. Leurs certitudes bien ancrées vont être bouleversées. La sororité va prendre le pouvoir et renverser les rôles.


Avec une fin inattendue, mais jubilatoire, à la Thelma et Louise.


Je dis « Encore et encore » pour ces filles qui sortent des carcans qui leur étaient dévolus par une société qui ne sait que juger et oppresser. Elles osent enfin la liberté sans se soucier des convenances. Que beaucoup suivent leur exemple !


V.M.