Left-handed girl de Shih-Ching Tsou (2025)


Left-handed girl, qui a ouvert la semaine de la critique à Cannes en 2025, a été sélectionné pour représenter Taïwan aux Oscars.

Shih-Ching Tsou, la réalisatrice taïwanaise-américaine, est également productrice et actrice.


C’est à New York qu’elle a obtenu son master en études médiatiques à la « New School »

Left-handed girl (la gauchère) est son premier film solo. Elle l’a coécrit avec Sean Baker (Anora, Palme d’or à Cannes 2024), son partenaire de longue date, qui en est également le producteur.


Secrets et mensonges forment la toile de fond de ce drame familial. Le film oscille continuellement entre tradition et modernité.

La réalisatrice a minutieusement choisi ses trois interprètes principales pour leur capacité à transmettre leurs émotions. Les dialogues ne sont pas toujours nécessaires.


Le film se déroule à Taipei. Shu-Fen (Janel Tsai)revient en ville accompagnée de ses 2 filles, I-Ann (Shih-Yan Ma), 20 ans et I-Jing (Nina Ye), 5 ans. Pour épurer ses dettes, elle ouvre un stand de nouilles au marché nocturne.


Pas vraiment de sororité entre les femmes qui ont bien intégré leur soumission aux hommes. Ces derniers sont leur priorité. La nouvelle génération semble plus rebelle et moins dans l’acceptation.


La mère de Shu-Fen lui refuse un prêt, préférant subsidier son seul fils, le préféré.


C’est pour payer l’hôpital et les funérailles de son ex-mari que Shu Fen s’est endettée. Il l’avait pourtant maltraitée et abandonnée en lui laissant des dettes.


La relation entre Shu-Fen et sa fille aînée, rebelle et lunatique, n’est pas des plus reposantes. Cette dernière ne soutient jamais sa mère, préférant la contredire dans tous ses choix.


Mais ce sont toutes des battantes dans leur genre.


La grand-mère est une « passeuse », elle accompagne des migrants avec des faux papiers à l’étranger. Elle augmente ainsi ses revenus. Shu-Fen veut s’en sortir et travaille comme une forcenée pour sauver son échoppe. Sa fille, I-Ann tient une autre boutique, elle est indépendante financièrement.


Quant aux hommes, ils n’attirent vraiment pas la sympathie. Leur statut de mâle leur permet de se laisser vivre. Le grand-père ne se lave pas, il végète, puant, dans son appartement et traumatise sa petite fille gauchère. Il lui fait croire que la main gauche est la main du diable. Le gérant du magasin où travaille I-Ann est un paresseux. Il passe son temps sur son GSM ou à jouer aux cartes avec ses potes. Il trompe aussi sa femme avec ses vendeuses, leur faisant croire qu’il est divorcé. Seul le voisin de l’échoppe de Shu-Fen tire un peu son épingle du jeu.

C’est la petite I-Jing qui est le lien commun entre les différent.e.s protagonistes. Elle est aussi le point central de l’intrigue. C’est en grande partie de son point de vue que film est raconté. Elle y met toute sa malice de jeune enfant.


Shih-Ching Tsou filme Taipei caméra à l’épaule. Elle fait découvrir les couleurs, le chaos, les contradictions de la ville ainsi que ses grouillements incessants.


Un film rempli de sous-entendus féministes et qui mélange drame et légèreté. Il aborde incompréhensions générationnelles et difficultés financières propres aux femmes.


Je dis « Encore et encore » pour cette fine analyse de la société taïwanaise et une critique pertinente des droits des femmes. Est-ce finalement si différent de chez nous ?


V.M.