L'Eté de Jahia d'Olivier Meys (2025)

On se croirait presque dans un film des Frères Dardennes. L’histoire se déroule dans un centre d’accueil pour demandereuses d’asile. Attendons la suite…
Projeté en Compétition Nationale au BRIFF (Festival International du Film de Bruxelles), « L’été de Jahia » avait fait sa première mondiale au Festival de Göteborg.
Le réalisateur, Olivier Meys, est belge et il a été diplômé à l’Institut des Arts de la Radiodiffusion de Belgique en 2000. En 2005, il a obtenu le Prix du « Premier Film » au Festival de Clermont-Ferrand pour ses premiers courts-métrages et documentaires.
Il a réalisé son premier long métrage « Fleurs amères » en 2017 et le film a reçu quatre nominations aux « Magritte du cinéma » la même année.
Venant du documentaire, il a visité de nombreux centres d’accueils pour réfugié.e.s afin de comprendre la problématique. Il y a rencontré beaucoup de jeunes.
Jahia (Noura Bans) a fui le Sahel en guerre avec sa mère. Elles attendent leurs papiers de régularisation. Jahia a 16 ans mais elle doit tout gérer comme une adulte. Sa mère est instable mentalement, victime d’un choc post-traumatique, elle devrait être hospitalisée.
Sans perspectives d’avenir, Jahia part à la dérive. Elle néglige l’école : à quoi peut lui servir un diplôme si elle n’obtient pas ses papiers ?
Arrive Mila (Sofiia Malovatska) et sa famille. Iels viennent de Biélorussie et cela fait trois ans qu’iels attendent leur régularisation, malgré le travail du père. Mila est solaire et pleine de vie. Elle va entraîner Jahia dans sa belle énergie. Elles sont différentes mais une amitié rare et intense va naître de leurs deux solitudes. « Nous aurons une belle vie », déclare Mila.
Mais les autorités en ont décidé autrement. Toute la famille biélorusse doit quitter le territoire. Mila refuse ! Elle va tomber dans un profond sommeil appelé le « syndrome de résignation »*. Tant qu’elle est malade, iels ne seront pas expulsé.e.s. Dès son réveil, iels rentreront dans leur pays. Mila ne se réveille pas.
L’intérêt et l’originalité du film réside dans la situation des sans-papiers vue au travers du regard de deux jeunes adolescentes. Ce sont elles qui portent le film. Elles sont époustouflantes de justesse. Les autres rôles sont secondaires même celui de la directrice du centre, campé par Céline Salette.
Un film important au moment où les gouvernements deviennent de plus en plus rigides et fermés pour accueillir les populations en détresse. Le réalisateur porte un regard doux et dur à la fois sur la manière dont ces toutes jeunes filles peuvent vivre l’attente et l’incertitude face à leur avenir.
Je voudrais dire « Plus jamais ça » mais malheureusement, il y aura de plus en plus de Jahia et de Mila dans les temps à venir.
Je dirai donc « Encore et encore » pour un film où le monde est vu au travers du regard de jeunes filles.
V.M.
* Le syndrome de résignation est un mystère médical. Il existe uniquement chez les enfants de réfugiés, lorsque leur demande d’asile leur est refusée ou en attente. Iels sombrent alors dans le coma. Le syndrome de résignation se traduit d’abord par une apathie puis par un coma plus ou moins long.
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