Dites-lui que je l’aime de Romane Bohringer (2025)

Figure emblématique du cinéma français, Romane Bohringer excelle dans tous les domaines. A 52 ans ans, elle a été tour à tour actrice au théâtre et au cinéma mais également réalisatrice de deux longs métrages. Tout le monde l’a découverte dans « Les nuits fauves »de Cyril Collard, film coup de poing des années nonante. Mais elle a également tourné dans « Mina Tannenbaum » (1994) « Rimbaut Verlaine » (1995) avec Leonardo Di Caprio, « L’appartement » (1998), « Le bal des actrices » (2009) et arrêtons-nous là puisqu’elle compte 46 films à son actif. Au théâtre, elle a interprété de nombreux rôles et joué notamment dans « Rose Royal » (2025) et dans « L’occupation » (2020), spectacle adapté d’un livre d’Annie Ernaux.


En 2018, elle passe à la réalisation avec « L’amour flou » qui parle de la séparation qu’elle est en train de vivre. « Dites-lui que je l’aime » est son deuxième long métrage en tant que réalisatrice. Le film a été présenté à Cannes en 2025, en première mondiale, dans la section « Séances spéciales ».


C’est en découvrant l’interview de Clémentine Autain à la télévision que Romane Bohringer a eu envie de lire son livre « Dites-lui que je l’aime » paru en 2019. La femme politique y raconte son enfance chaotique avec de sa mère, l’actrice Dominique Laffin, décédée à 33 ans.


Romane Bohringer ne peut s’empêcher d’établir des parallèles entre sa propre vie et celle de l’autrice. La mère de Romane l’a abandonnée à l’âge de 9 mois et celle de Clémentine est décédée quand elle avait 11 ans. Mais les similitudes ne s’arrêtent pas là.


La réalisatrice rencontre l’écrivaine et lui demande pour adapter son livre. C’est Clémentine Autain qui sera la voix off du long métrage. Romane Bohringer va réaliser une fiction-documentaire où se mêlent les reconstitutions, les extraits de films et d’interviews, les photos de famille et les souvenirs personnels. Les deux histoires fusionnent étrangement.


Tout au long du film, l’émotion va s’intensifier. Elle prend à la gorge. C’est un tout qui fait monter les larmes aux yeux.


Dans un premier temps, on va suivre l’histoire des deux femmes simultanément. Romane consulte une psychiatre qui l’aide à surmonter la relation difficile avec sa mère disparue. Ensuite, les souvenirs d’enfance de Clémentine vont se mêler aux réflexions de Romane sur sa propre enfance. On s’y perd un peu. Le film hésite entre les deux récits.


La seconde partie se concentre davantage sur la découverte de l’histoire de la mère de Romane. On en apprend plus sur Maggy, une Franco-Vietnamienne née au Vietnam durant la colonisation française, abandonnée, adoptée avant d’être à nouveau laissée dans un orphelinat. Maggy souffrira d’exclusion toute sa vie.


Romane ne parle pas de sa mère avec son père (Richard Bohringer), par peur de le faire souffrir. Elle découvrira donc, petit à petit, l’histoire maternelle en se plongeant dans les textes personnels de Maggy. Il s’agit de récits poignants faits de maltraitance et d’abandon.

Le film ne passe pas pour autant sous silence la difficulté des mères à assumer leur rôle, malgré tout l’amour qu’elles portent à leurs filles. L’une et l’autre souffrent de troubles mentaux et se réfugient dans la toxicomanie. Encore une similitude.


Mais le film parle de résilience et de pardon. Romane et Clémentine, malgré les cicatrices de leurs enfances respectives, vont tout mettre en œuvre pour briser le cycle infernal de l’abandon et des négligences maternelles.


Un film sincère qui montre que l’on peut vaincre les fantômes du passé et que rien n’est jamais inéluctable. Le portrait de deux femmes qui prennent leur vie en main, ET haut la main.


V.M.