Différente de Lola Doillon (2025)


« Comment vivre une histoire d’amour quand on ne rentre pas dans les codes de notre société ? », c’est sur base de ce constat que la réalisatrice Lola Doillon a développé son nouveau long métrage “Différente”, une comédie romantique sur le thème de l’autisme au féminin.


Cinéaste expérimentée, Lola Doillon propose avec “Différente” son quatrième long métrage après “Et toi, t’es sur qui ?” sorti en 2007, “Contre toi” en 2011 (avec Kristin Scott Thomas et Pio Marmaï) et “Le voyage de Fanny” sorti en 2016.


Avec “Différente”, Lola Doillon invite le public à suivre le parcours de Katia, une brillante documentaliste qui semble en décalage avec son environnement et ses relations sociales et amoureuses, plus ou moins chaotiques.
Un jour, Katia est amenée à réaliser un reportage sur la prise en charge de l’autisme en France. Un travail qui va l’aider à mettre un mot sur sa différence. Pour Katia, il n’y a aucun doute, elle est autiste sans déficience intellectuelle (anciennement appelé autiste Asperger). Une véritable révélation pour elle. Elle va pouvoir apprendre à mieux se connaître et à aller de l’avant.


Pour ce faire, la réalisatrice a décidé de s’attaquer au sujet délicat de l’autisme et plus particulièrement de l’autisme sans déficience intellectuelle dans sa variante féminine.
En effet, très souvent, les femmes ont tendance à intérioriser, à mieux masquer leurs problèmes, rendant dès lors, le diagnostic plus complexe.
D’autre part, comme rappelé dans le film, le diagnostic de l’autisme est établi sur des critères masculins, ce qui induit en erreur de nombreuses femmes autistes. Ne pouvant mettre un mot sur leur mal-être, elles vivent une errance psychologique faite de dépression et d’anxiété. Comme Katia, les femmes reçoivent fréquemment un diagnostic tardif, souvent à l'âge adulte.


Sur ces belles intentions, fallait-il encore réaliser un portrait crédible de l’autisme ? En effet, ce sujet est trop souvent traité de manière caricaturale où l’individu est présenté comme un singe savant (“Rain Man” de Barry Levinson) ou une bête de foire (la série “Aspergirl”).


Point de cela dans “Différente” où l’autisme est enfin illustré avec justesse et tendresse. Une volonté de réalisme assumée par la réalisatrice qui explique s’être entourée de personnes concernées et de spécialistes afin de rendre son scénario le plus crédible possible. On croise d’ailleurs, dans le film, l’humoriste Florence Mendez et la chercheuse et blogueuse Julie Dachez, elles-mêmes autistes.


On peut également saluer le choix de Lola Doillon de proposer un récit drôle et émouvant sur la différence et l’acceptation de celle-ci. Le tout est bien aidé par la mise en scène de la réalisatrice. Sa caméra, au plus proche de Katia, capte parfaitement le cheminement émotionnel du personnage interprété avec brio par la chanteuse Jehnny Beth, vue récemment dans “Les Olympiades” de Jacques Audiard et dans “Anatomie d’une chute” de Justine Triet.


Au final, “Différente” constitue un beau portrait de femme en quête de sens et libre de ses choix. Une femme qui n’est pas incapable, pas inférieure, mais juste différente, trop sensible pour un monde en ébullition. On ne peut qu'espérer que le cinéma nous propose “encore et encore” pareil portrait, bienveillant et humain, sur l’autisme au féminin.


B.C.