A bras le corps (Silent rebellion) de Marie-Elsa Sgualdo (2025)

Marie-Elsa Sgualdo est une réalisatrice, scénariste et monteuse suisse née 1986. Après une licence en cinéma à la Haute Ecole d’Art et de design de Genève, elle obtient un master en scénario à l’INSAS, à Bruxelles. Elle a réalisé plusieurs courts métrages qui ont été retenus à Locarno et à la « Quinzaine des cinéastes » à Cannes. « A bras le corps » qui est son premier long métrage. Le film a été présenté en avant-première à la Mostra de Venise en 2025 dans la section « Venice Spotlight ».


Le film a pour toile de fond la Suisse durant la Seconde Guerre Mondiale. La réalisatrice dépeint son pays sans concessions. On découvre la participation tacite à l’Holocauste, la collaboration avec l’Allemagne et le conformisme ambiant d’un pays « neutre ».


La scène du prêtre (Grégoire Colin) qui s’effondre devant l’autel, après avoir été hué par ses ouailles pour avoir fait appel à la fraternité et la solidarité, est édifiante. La réaction de la plupart des gens est de détourner le regard, avec honte et peur, de ce qui dérange. C’est également le cas pour les femmes que le conservatisme protestant détruit intérieurement.


Nous allons suivre Emma (Lila Gueneau) une jeune femme de ménage employée chez le prêtre protestant. Si ce dernier ne peut accepter le monde qui se dessine devant lui, sa femme, elle, s’y conforme parfaitement. Elle veut décerner à Emma le prix de la vertu, même contre son gré. La jeune fille n’est pas responsable de ses parents. Sa mère a trompé son mari et a été chassée par ce dernier et toute la communauté bien pensante. La matrone va aider Emma à rédiger son dossier pour être acceptée à l’école d’infirmière avec sa fille, la meilleure amie d’Emma. Il faut bien aider son prochain…


Mais les choses vont évoluer autrement et c’est la chronique d’une vie ordinaire qui va se dérouler sous nos yeux. Des milliers de femmes ont connu et connaissent encore le sort d’Emma.


Un riche ami de la famille, pseudo journaliste, est invité à un repas dominical. Il est jeune, riche et très sûr de lui. Tout lui est dû, un petit mâle privilégié. Il prend et jette tout ce qu’il veut. Emma lui plait et il ne va pas hésiter à la violer. Un simple moment de plaisir pour lui et une vie gâchée pour elle. Evidemment, elle tombe enceinte. Fini le rêve des études et de l’émancipation. Elle ne veut pas garder cet enfant.

Dans un premier temps, elle recontacte le futur père violeur qui nie les faits. Avec la grande lâcheté qui le caractérise, il lui dit qu’elle en veut sûrement à son argent. A contrecœur, Emma se tourne alors vers ses proches. Partout la même réaction : elle doit accepter son sort et devenir mère. Si elle ne peut pas se marier avec son violeur, il faudra trouver un père de substitution. Après un avortement raté, elle se résout à épouser un brave garçon du village, qui accepte la situation.


Elle doit ignorer l’injustice ! On lui ordonne le silence mais c’est mal la connaître. Elle ne supportera pas longtemps d’être la servante de sa belle-famille ni de subir le « devoir conjugal » que lui impose un mari qu’elle n’aime pas. Elle va fuir avec son enfant dans les bras et rejoindre sa mère en ville. Les deux femmes vont se soutenir et s’épauler. Aucune des deux n’accepte le sort qui lui a été dévolu.


Le portrait d’une jeune fille qui va défier la communauté rurale, protestante et répressive dans laquelle elle évolue. Ce n’est pas donné à tout le monde de transformer un traumatisme en moteur d’émancipation. « Encore et encore » pour des portraits de femmes qui résistent sans accepter leur sort.


V.M.