Cutting through rocks de Sara Khaki et Mohammadreza Eyni (2026)

Une fois n’est pas coutume mais ce documentaire ne pouvait pas échapper à Ciné Women.
Ce film met en lumière Sara Shahverdile, la première femme iranienne à avoir été élue conseillère municipale dans un village rural. Il a été présenté, en avant-première, dans la compétition internationale de documentaires au « Festival du film de Sundance » en 2025 et il a remporté « Le grand prix du jury ».
Sara Khaki est une réalisatrice, productrice et monteuse de documentaires. A travers un « cinéma vérité », elle contribue à promouvoir l’égalité des genres. C’est grâce à sa collaboration avec Mohammadreza Eyni qu’elle a pu réaliser le long métrage.
Caméra à l’épaule, les réalisateurices vont suivre cette femme hors du commun. Jamais intrusive, la caméra va rester à ses côtés, assez près pour vivre avec elle ses combats quotidiens.
Son père voulait un fils et elle est née. Qu’importe, il l’a emmenée avec lui où seuls les garçons se rendent, il lui a appris à faire de la moto et elle a appris l’indépendance.
Bien des années plus tard, c’est sur cette moto qu’elle sillonne les routes poussiéreuses des villages. Elle connait tout le monde et tout le monde la connait. Elle a fait naître près de 400 enfants dans la région.
Sara veut se faire élire (et elle y arrivera) pour combattre un monde patriarcal profondément enraciné. Dans l’Iran d’aujourd’hui, il n’est pas bon d’être femme. Ces dernières ont intégré une certaine infériorité. Elles acceptent tout pour éviter les conflits, elles subissent. Lors d’un meeting, quand Sara demande « Qui parmi vous est heureuse ? », aucun bras ne se lèvera.
Avec du charisme et de volonté, la nouvelle élue, seule femme dans un monde d’hommes, veut modifier le cours des choses. C’est une force tranquille qui veut sortir les femmes de leur carcan. Elle rencontre les filles dans les écoles. Elle leur parle patiemment. Elle leur explique qu’elles doivent rêver loin, poursuivre des études, s’imaginer médecin, ingénieur,… pour fuir le contexte étouffant dans lequel elles évoluent.
Elle les invite à prendre leur vie en main plutôt que d’accepter un mariage précoce et finir femme au foyer avec plusieurs enfants avant l’âge de 15 ans. Elle veut leur donner les moyens d’envisager un avenir de liberté, d’éducation et d’autonomie. Elle est un modèle pour elles, une lueur d’espoir. Mais c’est loin d’être facile et beaucoup obéiront finalement à la famille et ses injonctions primitives.
Elle convaincra, via un certain chantage, les hommes de léguer la moitié de leur propriété à leur femme. Elles dépendent de leur mari pour tout. Elles ne sont pas rémunérées pour leur travail dans l’ombre et s’ils meurent, elles n’héritent de rien. Elles ne sont rien.
Il y aura des moments de liberté et d’espoir comme lorsqu’elle mène un convoi de jeunes filles à moto. Elles sont enfin insouciantes. Mais ce sera de courte durée. L’oncle de l’une d’elles les arrête et gifle sa nièce. En voulant intervenir, l’autorité de Sara sera remise en question. Toutes rentreront au bercail, tête baissée. Tout le film alterne entre légèreté et violence, émancipation et répression.
Bien que populaire, Sara doit constamment faire face à une opposition, simplement parce qu’elle est une femme. Elle ambitionne de briser les traditions patriarcales ancestrales. C’est loin de plaire à tout le monde. On va l’attaquer sur son identité dans le seul but de la discréditer et la faire rentrer dans le rang. Si tu es une femme, conduis-toi comme une femme ! Elle va flancher, douter mais jamais abdiquer.
Le magnifique portrait d’une femme résiliente qui fait de la résistance à sa façon pour renverser une situation installée et sortir les femmes de l’oppression.
Espérons qu’elle fera des émules.
V.M.
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