Connemara d'Alex Lutz (2025)

Alex Lutz est d’abord un humoriste français né en 1978. Mais je vais oublier Catherine et Liliane dans le Petit journal pour me focaliser sur le réalisateur et l’acteur de talent qui a remporté le « César du meilleur acteur » pour son rôle dans « Guy » en 2018. Il a également réalisé et joué dans « Une nuit » en 2023. « Connemara » est tiré du roman du même nom de Nicolas Mathieu, paru en 2022. Cette fois, Alex Lutz reste uniquement derrière la caméra.
Le film jouit d’un casting d’exception. Dans les rôles principaux, l’éblouissante Mélanie Thierry qui n’a besoin ni de maquillage ni de surjeu pour exceller et Bastien Bouillon, vu récemment dans « Partir un jour » d’Amélie Bonnin mais également dans « La nuit du 12 » de Dominik Moll (2022). On le voit beaucoup et ses changements de look sont déroutants.Les seconds rôles ne sont pas des moindres puisqu’on y retrouve Jacques Gamblin, Clémentine Célarié et Grégory Montel.
L’histoire se déroule à Epinal mais il ne s’agit pas ici de l’image de carte postale. La ville n’est pas idéalisée par Hélène (Mélanie Thierry) qui y revient après des années, avec mari et enfants, pour se remettre d’un burnout. Elle a retrouvé du travail dans la société d’un ami d’enfance mais celui-ci l’exploite sans qu’elle puisse avoir quelque responsabilité que ce soit. Son mari (Grégory Montel) évite les tâches familiales. Bref, le changement de territoire ne permet pas à la jeune femme de changer de vie. Elle s’enlise à nouveau.
C’est alors qu’elle revoit, au détour d’un parking, Christophe (Bastien Bouillon), le beau gosse du lycée. Il était promis à un bel avenir comme joueur de hockey. Hélène va le contacter et iels vont entreprendre une relation amoureuse. Un petit relent du passé.
Elle croit s’évader, tout est léger, iels se rencontrent à l’hôtel et ne se posent pas de questions. Cela lui permet d’échapper à son quotidien. Mais une femme n’a pas le droit de s’égarer… Son mari va apprendre sa liaison, ainsi que son patron. Le premier va demander le divorce et le second va donner la promotion tant espérée à un autre collaborateur, un homme, un sérieux, pas une femme volage et déséquilibrée.
Hélène se retrouve seule avec son amoureux et les potes de celui-ci. Ils sont simples, s’amusent de tout et de rien. Ils n’ont jamais quitté Epinal. Pourquoi le feraient-ils ? On y est si bien. Elle doit reprendre sa vie en main.
Pas le même milieu social, pas le même bagage culturel, pas les mêmes aspirations. Tout devient tellement clair sur l’air des « Lacs du Connemara », au détour d’une soirée de mariage.
Alex Lutz a été séduit par la première phrase du roman « La colère est venue dès son réveil ». Il a voulu explorer cette colère féminine, loin des clichés d’hystérie, tout en restant fidèle au personnage d’Hélène.
Un beau portrait de femme qui essaie de s’en sortir avec les moyens dont elle dispose. Pas facile mais au moins, elle sort du rôle qui lui a été assigné et qui l’empêche de vivre. On se retrouve toutes un peu dans ce personnage. Enfin un réalisateur masculin avec une grande sensibilité féminine.
V.M.
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