A voix basse de Leyla Bouzid (2026)

De retour en Tunisie à la suite du décès de son oncle, Lilia, jeune trentaine bien installée dans sa vie parisienne, retrouve sa famille qui ignore tout de sa vie privée. Très vite, Lilia constate que son oncle est décédé dans des conditions étranges. Une mort qui fera ressortir les secrets et non-dits d’une famille bourgeoise, qui ne veut pas perdre la face devant une société tunisienne conservatrice. Six jours de deuils et de funérailles durant lesquelles les certitudes de trois générations de femmes seront bouleversées.
“A voix basse”est le troisième long métrage de Leyla Bouzid, réalisatrice d'origine tunisienne. En 2015, elle a réalisé son premier long “A peine j’ouvre les yeux”, film primé à la Mostra de Venise. 6 ans plus tard, elle revient à la réalisation avec “Une histoire d’amour et de désir”présenté en clôture de la Semaine de la Critique du Festival de Cannes. Deux longs métrages qui exploraient l’émancipation d’une jeunesse tunisienne bridée par le patriarcat et le fondamentalisme religieux. En continuité de son œuvre, la réalisatrice explore de nouveau cette thématique dans “A voix basse”, film présenté en compétition à la Berlinale.
De destins brisés par le conformisme sociétal, il est, en effet, question ici. Très vite, il apparait que l'oncle de Lilia, Daly, a été assassiné car il était homosexuel. Une mort pour le moins tragique qui renvoie Lilia a son propre secret : elle est lesbienne et vit en couple avec Alice depuis de nombreuses années. Une relation cachée à sa famille, pour laquelle Alice n’est qu’une simple colocataire. Dans un désir d’émancipation et d’affirmation de soi, mille interrogations traversent alors l’esprit de Lilia : Comment avoir le courage et la force d’être qui je suis ? Comment construire une relation durable sans le dire à sa propre mère ? Comment penser à l’avenir quand on n’assume pas le présent ?
Des questions qui amèneront Lilia à s’affirmer face à un microcosme familial étouffant. Une volonté pour la réalisatrice d’aborder l’évolution de la société tunisienne au sein de trois générations de femmes : Tout d’abord, Néfissa, la grand-mère, figure matriarcale et garante des bonnes mœurs. Pour elle (à l’image de sa génération), une femme doit vivre dans l’ombre de son mari et doit être une mère au foyer dévouée à sa famille. Vient ensuite, Wahida, la mère, une femme austère divisée entre une carrière professionnelle ambitieuse et les injonctions imposées par la société aux femmes. Et enfin, Lilia l’image d’une femme en quête de sens et de liberté.
Au travers de ce récit, Leyla Bouzid se permet également d’aborder la thématique délicate, en Tunisie, de l’homosexualité féminine. Cette dernière étant perçue comme une tare, une aberration. L’occasion pour la réalisatrice de filmer l’amour entre deux femmes dans un monde musulman dépourvu de représentations de ce genre. Une volonté de proposer ainsi, des récits inspirants pour, enfin, déplacer le regard, transformer l’interdit en beauté.
Un film qui se conclut sur une note d’espoir d’une femme affirmant haut et fort son amour peu importe le prix à payer. Et pour reprendre les mots de Leyla Bouzid : “Le cinéma permet d’ouvrir des brèches, donner une existence à ceux qui sont obligés de se cacher. J’espère que le film pourra être vu dans les pays arabes. Parvenir ainsi à faire résonner ces voix basses au plus loin, au plus fort et leur permettre d’exister pleinement et librement”.
“Encore et encore” pour des portraits de femmes inspirantes en lutte contre toute forme de pression sociale.
B.C.
Copyright © Tous droits réservés