A sad and beautiful world, de Cyril Aris (2026) – 1h50

Yasmina (Mounia Akl) et Nino (Hassan Akil) naissent le même jour, dans le même hôpital de Beyrouth, sous les bombes et à une minute d’écart. Leur destin va se croiser, se délier et se recroiser. Enfants, ils tombent amoureux sur les bancs de l’école mais la vie les sépare. Ces deux âmes soeurs se retrouvent « par accident » 20 ans plus tard. Ils se reconnaissent. S’aiment encore. D’un amour fou, magnétique. Mais comment aimer quand le pays s’effondre, quand la guerre détruit tout, quand l’avenir est incertain ?
Pour son premier long métrage, Cyril Aris, cinéaste libanais, remarqué pour ses documentaires (Danser sur un volcan, El-Marjuhah) livre ici une œuvre vibrante, où l’intime se cogne de plein fouet aux fractures d’un pays en guerre. Malgré la violence du contexte (guerre, crises politiques, effondrement économiques), il montre que les êtres continuent à se chercher et à s’aimer.
Le film dessine aussi le portrait d’une femme moderne qui refuse d’être une victime passive, de se plier aux conventions ou aux assignations de rôles. « Le monde nous pousse à passer notre vie avec la mauvaise personne, pourquoi serais-je une exception ?”, se demande Yasmina, interprétée par Mounia Akl, réalisatrice libanaise qui passe pour la première fois devant la caméra. Elle incarne de façon admirable une Yasmina tourmentée et intransigeante, peu encline à céder quoi que ce soit sur son statut de femme libre. Elle refuse les trajectoires imposées par la société. Pour elle, le couple n'est pas un refuge mais un choix conscient et exigeant. Yasmina ne subit pas l'amour de Nino ; elle le jauge, le défie et décide souverainement de la place qu'il doit occuper dans son existence.
Son enfance marquée par la séparation déchirante de ses parents et le contexte de guerre l’amènent à se questionner sur la maternité, sur l’amour, sur le choix de rester ou de partir. En effet, faut-il fonder une famille et donner la vie dans un pays en ruine ? Pour Yasmina, cette question n'est pas une simple convention romantique, c'est un questionnement viscéral sur sa propre liberté et l'avenir qu'elle choisit d'engendrer.
En tant que consultante pour le gouvernement libanais, Yasmina occupe un poste à responsabilités et stratégique, dans un environnement que l'on devine patriarcal et ultra pressuré. Elle navigue dans les sphères du pouvoir avec assurance et lucidité. Tandis que Nino gère son restaurant « chez Nino » dans une forme de quotidienneté se concentrant sur le moment présent.
L'alchimie entre Mounia Akl (Yasmina) et Hassan Akil (Nino) est électrique. Un duo hypnotique. Une histoire d’amour vibrante face au chaos de la guerre à Beyrouth, une ville qui ne connaît pas le repos. Le personnage de Yasmina, sa performance brute et habitée, sa psychologie affranchie et anticonformiste, imposent une figure de femme complexe, intense, à l’autorité naturelle, profondément maîtresse de son récit. Un hommage vibrant à celles qui, au milieu des décombres, continuent de lever le menton et de décider de leur propre destin. Un immense coup de cœur pour Ciné Women qui le classe dans la catégorie « Encore et encore ».
C.P.
Copyright © Tous droits réservés